Chroniques d'un sociopathe misanthrope

14.10.04

Carmageddon

Comme marcher dans la rue me donne des envies de meurtre plusieurs fois par minute, et que je tiens à ne pas finir en prison (sinon ce n'est pas ma conscience qui me retiendrait), je me suis dit que le transport motorisé individuel était un garant potentiel de ma liberté future. Fou que j'étais! La voiture me donne l'envie de tuer au moins trois fois plus de monde que quand je suis à pied. Et en plus la voiture est une arme redoutable, quand on la maîtrise un peu.
Alors on va commencer par les 4x4. Vous avez sans doute remarqué un pullulement récurrent de ces grosses merdes motorisées, ces corbillards déguisés en tracteurs, ces ridicules condensés de 35 tonnes frappés d'un logo japonais, ces bétaillaires à cathos intégristes parvenus. Mais bande de saloperies ambulantes, qu'est-ce que vous branlez là-dedans? Vous n'avez pas remarqué que les routes et rues de France étaient goudronnées jusque dans le fond du trou du cul d'une mouche de la Creuse? Vous avez déjà vu un monticule de boue au milieu de la place de l'Etoile? Il vous est déjà arrivé de tomber sur huit kilomètres de route caillouteuse sur l'autoroute? Alors qu'est-ce que vous comptez faire de ces pneus de trois mètres de diamètre, de votre bas de caisse à un mètre du sol, de votre grosse roue de secours pitoyablement accrochée derrière la voiture et qui vous cache la vue? C'est juste pour prendre au minimum trois places dans les parkings? Ou pour pouvoir écraser les feuilles mortes sans trop ressentir la secousse se propager dans votre gros cul? Non, bien sûr. C'est pour montrer comme vous avez bien réussi dans la vie, pour que les autres vous envient votre poubelle dorée à roulettes. Un peu comme les beaufs qui font du tuning, mais vous c'était livré en kit : "la voiture de beauf clés en main". Ce que vous ne réalisez pas, c'est que tout le monde s'en branle à s'en péter le frein. T'as une grosse voiture? Mais c'est bien mon petit... Et? Pourquoi je voudrais une voiture tout-terrain pour faire de la ville? Ooooh mais dis donc t'as un lecteur DVD sur le tableau de bord? La claaassse!!! Mais t'as pas de maison, tu vis dans ta caisse? Ah, tiens 'scuse moi, y a une place là, je me gare... Hop! Ah bon tu rentres pas? Ah c'est ballot ça. Les seules fois où je regrette de ne pas avoir un 4x4, c'est quand j'en croise un autre; si j'avais une grosse bagnole comme ça, je pourrais lui rentrer dedans et lui dézinguer sa Benz sans égratigner la mienne (ces caisses de beaufs ont souvent des pare-chocs visiblement conçus pour servir de voiture-bélier). Le 4x4, voiture du parvenu qui croit étaler sa réussite sociale alors qu'elle n'est que le criant indicateur d'un total échec cérébral.
Je ne m'étendrai pas sur la lenteur des autres conducteurs : je vous renvoie à mon post sur la molesse (c'est pareil, mais avec des merdes motorisées à la place de merdes pédestres. C'est même sans doute pire en voiture qu'à pied : l'effort physique étant encore plus faible, le cerveau a toute lattitude pour se mettre en arrêt maladie... Et là on se tape cinq feux rouges d'affilée parce que les deux chariottes de devant sont en mode pilotage automatique avec des mollusques au volant). Bref.
Autre sujet de montée soudaine de ma tension artérielle au volant : les piétons. Les piétons qui traversent juste au moment où le feu passe au vert. Le plus lentement possible. En te regardant. En ralentissant encore. En sachant que tu vas attendre qu'ils aient fini. Eh ben non. Moi je m'en cogne. Je lance un coup de semonce en foutant un grand coup de klaxon et en appuyant à fond sur l'accélérateur (je leur laisse une chance quand même). Mais ces cons prennent ça pour du bluff... Eh ben non. Alors je passe la première et j'embraye. Légitime défense. En général ils entendent le crissement de pneus et retrouvent soudain une vitalité et un dynamisme dans leur allure qui fait plaisir à voir. Desfois ça passe très près. Un jour ça passera dessus. Tant pis. Tant mieux.
Ah et puis il y a les scooters. Ces espèces de saletés de merdeux de collégiens de 4e techno avec des saloperies de brelles qu'ils passent leurs week-ends à customiser en sciant le pot d'échappement. Qui slaloment entre les voitures au feu rouge et qui mettent des grands coups de gaz à l'arrêt. Et comme leurs chiottes font du 2, ils ralentissent toute la file en partant dans un nuage de fumée, et en se calant bien au milieu pour bloquer de la manière la plus efficace possible. Si le scooter est précédé d'un mollusque, c'est mort, on se les tape pendant toute la route (ou alors on tente la voie de bus, c'est possible aussi, voire recommandé, toujours en vue de me garder en liberté). Donc maintenant au feu rouge, je mets systématiquement la voiture un peu de travers pour bloquer le passage à ces cochonneries (c'est valables pour tous les deux roues). Et j'attends qu'il y en ait un qui essaie de passer et qui accroche le rétro : légitime défense, je descends et je lui éclate la gueule à coups de démonte-pneu (surtout qu'en général ces parasites n'ont pas de casque, c'est encore mieux).
Alors je fais comment moi? Pour l'instant je tiens le coup en roulant systématiquement la fenêtre ouverte et en insultant des gens au hasard de nos croisements (piétons, scooters et vieux au feu rouge sont mes cibles préférées). Ca défoule. Mais combien de temps vais-je résister avant de monter sur le trottoir à 70 à l'heure, portières ouvertes pour en racler un max?
Je ne vois qu'une solution : m'acheter un scooter. Légitime défense.

11.10.04

Client suivant

Je reviens du supermarché, où j'ai acheté une baguette à 0,7€. Damnation : il y a la queue à la caisse. Ce n'est pas tellement l'attente qui me gêne, que d'être entouré d'épaves qui viennent acheter leur litron de piquette et leur after shave débectant, entourés de marmaille insupportable trépignant pour une de ces saloperies de sucreries rangées sous les Télé Z à la caisse. J'arrive enfin à choper un bout de tapis roulant dégueulasse, maculé de bouts de feuilles de salade pourries et de taches collantes dont je préfère ne pas savoir d'où elles viennent, et j'y pose ma baguette à l'ancienne bien enveloppée dans son plastique transparent.
Le tapis avance lentement, et la caissière flash son sourire de palombe putréfiée dépressive au cassos qui est avant moi. Gentille automate (sans doute à mi-temps forcé et 500€ par mois), elle passe au "bip bip" insupportable sa boîte de cassoulet et le reste des merdes qu'il avait achetées, tout en expédiant dans la glissière le carton "Client suivant" d'un revers de main dont l'expertise et la précision millimétrée révèlent un mouvement répété des milliers de fois. J'étais alors en train d'examiner son fond de teint mal appliqué et son mascara coulant sous la lumière blafarde des plafonniers, lorsque ma vision périphérique perçoit sur ma gauche un mouvement précipité. Je pense immédiatement à une tentative d'assassinat à l'arme blanche à mon encontre et m'apprête à expédier un violent coup de pied sauté latéral au terroriste, mais je me retiens à temps (à tort) quand je réalise que c'est juste une obèse d'1,53m qui s'est ruée sur le carton "Clien suivant" pour l'écraser entre ma baguette et son tas de merdes qu'elle venait de poser sur le tapis.
"Mais qu'est-ce qui te prend, grosse truie?" lui crie le regard haineux que je darde sur sa silhouette de cageot. Quoi, elle avait peur de quoi? Que la caissière croie que la baguette était à elle, auquel cas bien évidemment je n'aurais rien dit et serais parti en courant avec mon pain sous le bras (après avoir savaté le vigile de 3 mètres cubes à la sortie)? Ou alors que je tire sournoisement à moi un de ses pots de Nutella générique répugnant? Ou bien peut-être cherchait-elle à marquer son territoire, à protéger sa vie merdique de tout contact extérieur; à isoler sa consommation, sans doute sa seule satisfaction... C'était sans doute ça. Réfugiée dans la bouffe, outre-mangeuse, elle a peur que sa raison de vivre ne soit exposée à la convoitise, au contact ou même à la vue des autres. Mon regard exprime désormais la pitié, avant de se détourner de son faciès bovin pour revenir se fixer sur celui faussement aimable du robot maquillé.
Mais la cliente suivante m'a sans le savoir rendu service : ce carton isolait son monde nauséabond de ma bonne baguette farinée, ce qui me permettra de manger ce soir de bon appétit. Mais c'est décidé : la prochaine fois, je vais à la boulangerie.

10.10.04

American Beauty

Si vous ne l'avez pas déjà vu, voilà un film à voir de toute urgence : American Beauty, de Sam Mendes, avec Kevin Spacey (http://www.imdb.com/title/tt0169547/). Un film magnifique sur la beauté et les apparences, sur la contrainte sociale. Une sorte de croisement entre Fight Club et Amélie Poulain. Un Kevin Spacey survolté, qui jette le plat d'asperges contre le mur, plaque son boulot pour se mettre à la muscu, fume des joints et prend la vie à bras le corps après avoir passé toute son existence à s'emmerder sous le joug de sa femme, de son patron et de la société. En parallèle, sa fille (a priori pas très belle) vit une relation avec le fils du voisin, un colonel homophobe qui fait pisser son gosse dans un flacon tous les mois pour un contrôle antidrogue. Le fils en question voit le monde à travers l'objectif de sa caméra : il filme tout, et ne regarde jamais les gens directement. Sa caméra transforme le monde, le dématérialise et fait du détail le plus insignifiant un délice visuel potentiel. On se retrouve ainsi à regarder, fasciné, comme un con, un sac plastique danser dans le vent au milieu des feuilles mortes, un oiseau mort sur le trottoir ou une tache de sang sur le mur. La double transfiguration du réel opérée par la caméra de Mendes et celle du garçon est un bel exploit cinématographique.
Bref, un film délirant par l'anticonformisme de Spacey, beau et émouvant par le traitement de la question du beau... Ce qui explique la présence de cette "critique" - qui est plutôt un hommage, car je ne supporte pas la critiqué cinéma, sans cesse d'une pédanterie insupportable (Alfred Hitchcock disait : "le cinéma est un métier; ceux qui l'exercent sont les cinéastes, ceux qui l'admirent sont les cinéphiles, et ceux qui voudraient l'exercer sont les critiques de cinéma"; je me considère en rédigeant ce post comme un cinéphile rendant hommage au cinéaste)... Ce qui explique la présence de cet hommage ici, disais-je : ce film résume parfaitement l'esprit de ce Blog : 1-les gens font chier; 2-on ne sait pas voir la beauté.
Un bien beau film donc, qui pourra changer votre façon de voir la vie, de même que peuvent le faire Amélie Poulain et Fight Club (sans doute les deux films qui m'ont le plus marqué, avec American Beauty).
Bonne nuit.

Second degré

Une partie de ce Blog est rédigée au second degré. L'autre non. Laquelle est laquelle? C'est à vous de le deviner, d'en penser ce que vous voulez. Je ne suis pas sûr de le savoir moi même. Mais jamais vous ne verrez de smiley dans mes posts, un ";-)" annonçant le second degré. Parce que le second degré, c'est comme la prestidigitation : quand on l'explique, ça perd tout son charme. Le pince-sans-rire sera toujours plus drôle lorsque vous saisissez son ambiguïté qu'un gros déconneur explicite.
Je pars donc du principe que si vous avez besoin d'une explication pour comprendre le second degré, vous ne méritez pas de le comprendre. Appliquer cette doctrine dans la vie de tous les jours est un régal; les gens sont tellement coincés, routiniers, prévisibles et naïfs que les embobiner est un jeu d'enfant jouissif.
Prendre les gens pour des cons : voilà un autre conseil que je vous donne pour égayer votre vie. Ca vient très vite, très facilement. Ca en devient même dangereux... mais personne ne s'en aperçoit jamais (parce que les gens sont vraiment cons). De temps en temps, vous trouverez une personne qui s'en apercevra; celle-là mérite qu'on la respecte, et en général vous comprendrez tout de suite qu'on ne peut pas l'embobiner. Mais ces gens-là se comptent en si petit nombre que vous pourrez passer le plus clair de votre temps à vous foutre de la gueule de vos interlocuteurs en toute impunité. Au mieux, ils vous prendront au sérieux; au pire... ils vous prendront pour un fou ou un con.
Mais comme le disait Georges Courteline, "Passer pour un con aux yeux d'un imbécile est un délice de fin gourmet". Régalez-vous.

La mollesse des masses

C'est bien ce que je craignais : chaque sortie dans la rue me donne une idée de post. Je suis allé faire un tour en ville hier après-midi, et j'ai été confronté à un des pires fléaux de notre temps : la mollesse. Nous vivons dans un aquarium géant rempli de mollusques, des bouts de gras ambulants, des entités sur pattes qui n'ont pas enlevé le frein à main. Des cerveaux atrophiés, des corps au ralenti, des zombies parkinsoniens.
Les gens sont mous. Lents. Marcher sur le trottoir se transforme en un exercice de slalom entre des merdes de 1,65 mètre de haut en moyenne, déambulant à 2 de tension et autant de kilomètres heure, comme hors du temps et de l'espace, sans savoir où ils vont et quand ils doivent y arriver.
J'ai essayé pendant quelques dizaines de mètres d'adapter mon rythme à celui de ces immenses bancs d'huîtres décrépies. Rien à faire : j'ai failli tomber, l'équilibre résultant de l'habituelle suite de déséquilibres étant rompu par la lenteur d'exécution du mouvement. Cette bande de beignets a réussi à dénaturer le premier réflexe de l'homme : la marche. Et dire que je me plaignais du langage... Ils sont tombés plus bas que l'animal.
Le pire, c'est que cette mollesse du corps va de pair avec la mollesse de l'esprit (cause ou conséquence? je n'ai pas encore réussi à le déterminer). Ces regards vides, cette nonchalance sont la marque systématique de la paresse intellectuelle, du refus de réfléchir. C'est ce que veut dire cette phrase du film "La Haine", à propos d'un mou qui se laisse porter par un escalator : "C'est la pire espèce; ceux qui se laissent porter par le système... C'est eux qui votent Le Pen et qui ne sont pas racistes". Eh bien les marcheurs lents sont la pire espèce, et l'espèce majoritaire qui plus est.
Alors quand je vois ces souillures sur mon chemin, c'est simple : je quitte le trottoir et marche dans le caniveau. Je préfère marcher dans une merde que marcher au milieu de merdes. La merde du caniveau, elle, vous salira juste la chaussure. Les merdes ambulantes du trottoir vous pourrissent l'esprit.
Merdes humaines ou merdes de chiens, le choix est vite fait : le chien est bien le meilleur ami de l'homme. Pauvre bête.