Brebis galeuses
Le XXe siècle, plus exactement sa deuxième moitié, est l'âge d'or de la consommation. Supermarchés, publicité, multiplication des produits, innovation constante... L'avènement de la consommation de masse (en masse, par les masses) dans les années 1950 a (par définition) touché tous les habitants (ou presque) des pays développés, et la consommation est devenue une valeur dominante, un besoin perpétuel, sans cesse renouvelé aussitôt qu'il est satisfait.
Et puis dans les années 60, il y a des bandes de mollasses à cheveux longs qui ont commencé à dire "Ouais nan mais euh c'est vachement armoire comme concept la consommation, vous êtes tous que des moutons qui consomment tous la même chose et qui sont soumis au système; nous vous nous aurez pas!". Et c'est parti pour les mouvements contestataires (hippies, punks, blousons noirs et autres) qui se la jouent "affranchis du système". Et ça continue aujourd'hui, avec toujours autant de vigueur. C'en est à pleurer de voir des gens si cons.
Parce qu'en croyant y échapper et s'y opposer, ils continuent à faire le jeu de la société de consommation et renforcent sa légitimité. Pourquoi? Tout simplement parce que leur prétendue culture rebelle se base sur la consommation - la consommation de "signes" : vêtements faussement pourraves et râpés en import direct du Népal vendus à prix d'or dans des boutiques zen qui fouettent l'encens à trois kilomètres (vous remarquerez que ces boutiques se multiplient : ça va devenir des supermarchés); bâtons d'encens, bougies à la bouse de lama et lampes-tempête du Grand Moufti; djembes, guitares et flûtes à la con; pendentifs et bracelets afro-asiatiques; CD de musiques pseudo-alternative (tibétaines ou franchouillardo-mollassonnes)... produits par les majors du disque (et lus sur des chaînes hi-fi japonaises).
C'était inéluctable : une culture ne peut pas exister sans signes extérieurs, et ces signes passent forcément par la consommation; alors une culture qui prétend rejeter la consommation est une auto-contradiction affligeante.
Et ces bandes d'abrutis de chevelus qui se croient spéciaux parce qu'ils achètent un pantalon bariolé à trente poches au lieu d'un jean, qui croient échapper à la masse des moutons parce qu'ils écoutent "Les bergers de Katmandou" et pas "Benny Benassi", ne font en réalité rien de plus que de créer un nouveau troupeau de moutons à côté de l'ancien. Et chaque nouveau
chevelu qui croit quitter le système ne fait qu'en rejoindre un autre, identique, mais d'autant plus pitoyable qu'il se croit spécial. Ces contre-cultures sont vouées à l'échec, mortes-nées, leur succès (par le nombre de leurs pratiquants) étant la cause même de leur échec immédiat (le nombre de ces pratiquants augmentant, on n'a fait que créer un nouveau troupeau).
Alors, que faire pour échapper à tous ces troupeaux, si telle est votre intention? La meilleure solution que j'aie trouvée est la misanthropie : j'emmerde tout le monde, et je les emmerde tout seul; pas besoin de m'habiller en épouvantail ou de me percer les couilles avec des aiguilles à tricoter pour haïr les souillures. A la limite, je partage cette haine avec un autre misanthrope (salut Juju), mais guère plus.
L'homme est singulier, et le pluriel ne lui vaut rien; mes derniers mots seront ceux de Brassens : "Sitôt qu'on est plus de quatre, on est une bande de cons". Ca en fait un sacré paquet.
Et puis dans les années 60, il y a des bandes de mollasses à cheveux longs qui ont commencé à dire "Ouais nan mais euh c'est vachement armoire comme concept la consommation, vous êtes tous que des moutons qui consomment tous la même chose et qui sont soumis au système; nous vous nous aurez pas!". Et c'est parti pour les mouvements contestataires (hippies, punks, blousons noirs et autres) qui se la jouent "affranchis du système". Et ça continue aujourd'hui, avec toujours autant de vigueur. C'en est à pleurer de voir des gens si cons.
Parce qu'en croyant y échapper et s'y opposer, ils continuent à faire le jeu de la société de consommation et renforcent sa légitimité. Pourquoi? Tout simplement parce que leur prétendue culture rebelle se base sur la consommation - la consommation de "signes" : vêtements faussement pourraves et râpés en import direct du Népal vendus à prix d'or dans des boutiques zen qui fouettent l'encens à trois kilomètres (vous remarquerez que ces boutiques se multiplient : ça va devenir des supermarchés); bâtons d'encens, bougies à la bouse de lama et lampes-tempête du Grand Moufti; djembes, guitares et flûtes à la con; pendentifs et bracelets afro-asiatiques; CD de musiques pseudo-alternative (tibétaines ou franchouillardo-mollassonnes)... produits par les majors du disque (et lus sur des chaînes hi-fi japonaises).
C'était inéluctable : une culture ne peut pas exister sans signes extérieurs, et ces signes passent forcément par la consommation; alors une culture qui prétend rejeter la consommation est une auto-contradiction affligeante.
Et ces bandes d'abrutis de chevelus qui se croient spéciaux parce qu'ils achètent un pantalon bariolé à trente poches au lieu d'un jean, qui croient échapper à la masse des moutons parce qu'ils écoutent "Les bergers de Katmandou" et pas "Benny Benassi", ne font en réalité rien de plus que de créer un nouveau troupeau de moutons à côté de l'ancien. Et chaque nouveau
chevelu qui croit quitter le système ne fait qu'en rejoindre un autre, identique, mais d'autant plus pitoyable qu'il se croit spécial. Ces contre-cultures sont vouées à l'échec, mortes-nées, leur succès (par le nombre de leurs pratiquants) étant la cause même de leur échec immédiat (le nombre de ces pratiquants augmentant, on n'a fait que créer un nouveau troupeau).
Alors, que faire pour échapper à tous ces troupeaux, si telle est votre intention? La meilleure solution que j'aie trouvée est la misanthropie : j'emmerde tout le monde, et je les emmerde tout seul; pas besoin de m'habiller en épouvantail ou de me percer les couilles avec des aiguilles à tricoter pour haïr les souillures. A la limite, je partage cette haine avec un autre misanthrope (salut Juju), mais guère plus.
L'homme est singulier, et le pluriel ne lui vaut rien; mes derniers mots seront ceux de Brassens : "Sitôt qu'on est plus de quatre, on est une bande de cons". Ca en fait un sacré paquet.
