Massacre à la citrouilleuse
Dimanche matin, 10h. Coup de sonnette. J'ouvre la porte avec la tête à moitié dans le cul (ce qui est déjà un exploit physique en soi) en me demandant quel est le connard qui vient me péter les rouleaux si tôt en cette brumeuse matinée du jour du Seigneur (Dieu ait son âme), et je tombe sur une demi-douzaine de merdeux entre 8 et 14 ans, peinturlurés comme des mouettes neurasthéniques tombées dans les cuves de l'Erika et couverts d'oripeaux rapiécés tenus par des bouts de ficelle à rôti, le tout dans un frou-frou horripilant de sacs plastique de Lidl. Je hausse un sourcil droit interrogateur devant cette intrusion marmaillesque sur le seuil de mon logis, lorsque le plus édenté de ces cafards m'ouvre grand sous le nez son sac rempli de bonbons en criant "M'sieur c'est Halloween!".
Et merde. Ca recommence. Va falloir que je trouve de nouveaux stratagèmes pour réfréner mes envies de meurtre. Je prends une poignée de Mi Cho Kos dans son sac : "Merci" (oui, je suis poli) et je referme la porte sur la marmaille pantoise. Fallait pas frapper chez le Grinch. Dix minutes passent, deuxième coup de sonnette. Même scénario. "QUOI !!!" Le merdeux a l'air surpris que je pose la question... "Ben, c'est Halloween..." "NON !!" Et refermage de porte sur la gueule éconduite de ce cancrelat prépubère. Ca va pas pouvoir continuer comme ça longtemps. Je cours au grenier sortir la .12 Winchester de Pépé, puis je me cache dans un géranium et attends, tel le Chat Botté observant la copulation de deux rhinocéros homosexuels sur la fragile banquise de Melun. En voilà un. Parfait. Approche mon petit... encore un peu... voilà. Chtung! La détonation est absorbée par le silencieux en carbone que j'ai bricolé avec une canette de Fanta et les cendres du barbecue, alors que le bruit impitoyablement métallique du chien de mon fusil résonne dans la culasse, tel un électron ambidextre dans la casserole d'une mineuse de fond sibérienne en une froide soirée de corrida. Le gamin, touché à la tête, s'écroule dans une gerbe de sang et de cervelle. Stupéfaits, ses camarades d'emmerdement des gens n'ont pas eu le temps de réaliser ce qui s'était passé que déjà au milieu du groupe roule une grenade au phosphore. Le jet est parfait; la détonation les souffle et les prend dans un enfer de matière inflammable et enflammée. Les corps se calcinent rapidement dans une atroce puanteur, et bientôt, après un deuxième passage au lance-flammes, il ne reste plus du groupe d'apprentis vampires qu'un petit tas de cendres rapidement dispersé d'un coup de balai récupéré sur une feu-sorcière. Mais le bénéficiaire du coup de Winchester est intact (mise à part la moitié de tête qui lui manque); parfait. Je me saisis du petit corps sans vie et, équipé d'une marteau et d'une boîte de pointes, je cloue le corps en croix sur ma porte, à l'italienne, histoire de montrer aux prochains que la sonnette ne marche pas. Ma petite opération de public relations a visiblement fonctionné à merveille, et j'ai pu passer un dimanche tranquille à jeter des tomates cuites sur une photo de Bernard Menez. Je pense congeler le corps et le ressortir l'an prochain.
Bon, voilà pour mon paragraphe d'auto-psychothérapie, maintenant passons aux choses sérieuses. Les Français sont vraiment des souillures. On se la raconte "exception culturelle", "dernier bastion contre la mondialisation culturelle à la botte des Ricains", "les Zatzinis c'est des pédés on les emmerde"... Et tout le pays plonge comme une gigantesque merde vivante dans la célébration de cette fête outre-atlantiste, s'avilissant et préconditionnant ses gamins à l'admiration de la culture américaine sans même comprendre ce qu'ils font - ces merdeux déguisés n'ont aucune idée de la signification de cette fête, et rares sont les parents qui en ont une. Alors la faute à qui, le succès de cette saloperie de défilé insupportable qu'on subit depuis une demie-décennie? Les media font porter le chapeau au "marketing", aux "industriels de l'agroalimentaire qui voient une occasion de faire du profit". Et alors? Ils ont raison, non? S'il y a des gens assez cons pour acheter, il faudrait vraiment être con pour ne pas vendre. Non, l'industrie n'a rien à voir là-dedans, elle ne fait que faire son travail. Les coupables ne sont pas non plus les enfants, pauvres créatures malléables prises entre le feu des media, des parents, de l'Ecole, des pairs et de quelques dizaines d'autres sources d'influence.
Les saloperies coupables des coups de sonnette ininterrompus à ma porte sont ces cons de parents. Ces abrutis de post-soixante-huitards associatifs qui trouvent ça "vachement sympa de faire les déguisements et puis ça permet de connaître les voisins et de resserrer les liens" (c'est loupé avec moi), ces couillons qu'on voit eux-mêmes déguisés et accompagnant les merdeux, ces connards qui acceptent de donner des bonbons avec un grand sourire à des gamins déjà obèses au lieu de les faire déguerpir à grands coups de pied dans le cul. Si au lieu de ça les adultes se comportaient en gens responsables et expliquaient à leurs enfants que non, Halloween n'est pas une fête française, qu'il n'y a aucune raison de décider soudain de la fêter, que s'y soumettre est une soumission à l'impérialisme culturel américano-chrétien tendance néo-fasciste (comble de l'ironie : les enfants musulmans qui fêtent Halloween; c'est vraiment à gerber) et que ceux qui le font sont des saloperies de mollasses décérébrées... eh bien les fameux diaboliques industriels alimentaires se prendraient une veste commerciale, et comme ils sont loin d'être cons, ils n'insisteraient pas longtemps.
On verrait enfin disparaître ces hordes grimées déambulant de porte à porte comme des clodos, inconsciemmet initiées au racket ("Des bonbons ou une farce", ils disent. J'apprécie moyennement la formule, et "Ou mon pied au cul sale merdeux, va me chercher tes parents que je les savate ces ramollis du bulbe" me paraît la réponse la plus appropriée).
Les responsables d'Halloween ne sont pas les Américains qui nous l'auraient exporté de force, ce ne sont pas les industriels qui en profitent, ce ne sont pas les pauvres gosses influençables. Ce sont les Français, ces gros tas pseudo-libertaires avilis et soumis qui se prennent pour des héros parce qu'ils étaient contre la guerre en Irak et qu'ils n'ont mangé qu'une seule fois chez McDo cette année.
Rejoignez la résistance et bottez le cul aux quémandeurs de Krema, sinon on va bientôt fêter Thanksgiving. Remarquez, j'aime bien la dinde aux marrons. Que Dieu bénisse l'Amérique.
