Vive le petit commerce
Comme j'avais tenté de calmement vous l'expliquer dans l'article "Client suivant", j'ai du mal à supporter la promiscuité nauséabonde des grandes surfaces, et je parlais donc de me rabattre sur le petit commerce. Il va sans dire que l'expérience fut peu concluante, mais ça ira quand même mieux en le disant (mon docteur me conseille de me servir de ce blog comme régulateur de tension artérielle et comme moyen de limiter mes poussées pustuleuses sur l'orteil gauche).
J'étais donc chez le torréfacteur (rappel pour mes incultes lecteurs : non, le torréfacteur n'est pas le type qui tue les taureaux avec des fourchettes à barbecue, et non, ce n'est pas non plus l'alcoolique qui met du courrier dans votre boîte aux lettres. C'est celui qui vend du café), le même depuis toujours (23 ans). Ce pauvre vieux est complètement gaga : chaque fois qu'il me voit, j'ai droit au "Ooooooooh je me souviens quand vous étiez bébé vous étiez dans votre poussette (*nan sans blague*) avec vos cheveux blonds bouclés gnagnagna" - et ce débris qui raconte ça à tout le magasin, à CHAQUE fois. Je prends mon mal en patience en bourrant discrètement son teckel nain de violents coups de pied. Et bien sûr ce connard se rappelle la tête de chiard que j'avais y a 23 ans, mais se rappeler le même mélange qu'il me vend depuis 23 ans, deux fois par mois, ça, non, trop dur.
"Et qu'est ce que je vous seeeers?"
"Une côtelette pas trop pourrie et une boîte de clous, comme d'habitude".
En général, il y a devant moi deux vieilles morues qui ont que ça à branler de tester tout le magasin : elles sentent tous les thés (comme la cigale), se renseignent sur la taille de la bite des braves esclaves qui ont récolté le café ("Oh bah tu sais Germaine y paraît que ces gens-là mangent des vers de terre"),
"Et votre femme comment ça va?"
"Ben elle est toujours dans le coma, ça a pas changé depuis quatre ans (salope)"...
Alors au bout de trois minutes d'attente, j'en prends une et je la jette dans la torréfacteuse (non, pas la femme du torréfacteur, mais la grosse machine qui chauffe à mort avec l'hélice qui tourne). C'est affreux y a de la viande grillée partout contre les murs (ça me rappelle qu'il faut que je passe chez le boucher), ça hurle et ça gicle, j'en profite pour balancer le teckel à sa suite, je coince la tête du torréfacteur dans sa saleté de boîte de bonbons et je vais me servir moi-même.
Chez le boucher, c'est toujours un grand moment d'attente fébrile pour savoir si, oui ou merde, il va finir par se trancher la main tout net d'un bon coup de hachoir en loupant mon steak; pour l'instant mes attentes ont été déçues, mais je ne désespère pas (surtout si c'est un apprenti). Moi si j'étais boucher, je couperais les mains de mes apprentis et je les enfermerais trois jours dans la chambre froide pour leur faire comprendre une bonne fois pour toutes qu'ils avaient qu'à mieux travailler à l'école.
Je vous passe les détails (les détaux? merde, j'aurais dû mieux travailler à l'école) de la boulangère dépressive qui renifle dans les croissants, du primeur front national qui vous prend à témoin du léger excès supposé des flux migratoires internationaux sur le territoire français (là je donne une forme académique politiquement correcte, mais en vrai c'est "Nan mais y a trop de bougnoules et de bamboulas chez nous, j'ai pas raison?") et du poissonnier à bec de lièvre qui pue (le poissonnier, pas le bec de lièvre. Quoique... je suis pas allé vérifier de près).
L'avantage des supermarchés, c'est que la caissière ne te pète pas les rouleaux à te parler du temps qui fait, de l'amputation du bras de son beau-frère ou de la justification d'une dérogation de la Banque Centrale Européenne à la doctrine monétariste des taux d'intérêt nominaux à long terme en fonction du contexte inflationniste des matières premières cotées à Chicago (ce dernier cas étant plus rare). La caissière encaisse et te fout la paix. C'est bien gentil de geindre sur la "convivialité du petit commerce qui se perd à cause de l'anonymat des grandes surfaces", du "lien social créé par le commerce de proximité", mais moi je voudrais faire les courses EN PAIX bordel, pas qu'un abruti de commerçant essaie de faire ami-ami avec moi, qui n'en ai rien à branler de sa gueule de poujadiste. Sers-moi, encaisse et TAIS-TOI! En fait je crois que la clientèle du petit commerce est pire que celle des grandes surfaces, parce qu'elle se donne cet air à la mode de retour aux sources, à la tradition, à la qualité, que les petits commerces sont censés illustrer (toutes ces conneries de "pain d'antan", de "recette comme autrefois" : tu vas voir mon con, je vais te faire bouffer un pain comme au XVIe siècle, tu vas te morfler une chtouille d'enfer à en rester cloué au trône pendant deux semaines, on en reparle après). Encore une fausse mode faussement anti-consumériste.
Alors comment je fais moi? J'ai le choix entre tous les cassos crasseux du supermarché ou tous les bobos casse-couilles du petit commerce. Quand je vous disais qu'on était cerné. Je ne vois que deux solutions viables : embaucher un larbin clandestin pour aller faire les courses à ma place, 2 euros de l'heure, ça me paraît correct et efficace; et puis il avait qu'à mieux travailler à l'école. Deuxième option : les courses en ligne. Ca, si ça existait dans ma ville, croyez bien que ce serait fait depuis longtemps : y a pas à dire, on n'a encore rien inventé de mieux que les octets pour tenir les cons à distance contrôlable. En attendant, je crois que je vais opter pour le supermarché : la concentration permet de gagner du temps et de limiter son exposition à la connerie et à la crasse humaines.
Sauf pour le pain traditionnel de la saveur du goût de la tradition du savoir-faire ancestral de comme autrefois de c'était mieux avant de la farine authentique roulée à la main sous les aisselles. Là, y a que mon p'tit boulanger du coin qui sait le faire comme j'aime. Fumier!
J'étais donc chez le torréfacteur (rappel pour mes incultes lecteurs : non, le torréfacteur n'est pas le type qui tue les taureaux avec des fourchettes à barbecue, et non, ce n'est pas non plus l'alcoolique qui met du courrier dans votre boîte aux lettres. C'est celui qui vend du café), le même depuis toujours (23 ans). Ce pauvre vieux est complètement gaga : chaque fois qu'il me voit, j'ai droit au "Ooooooooh je me souviens quand vous étiez bébé vous étiez dans votre poussette (*nan sans blague*) avec vos cheveux blonds bouclés gnagnagna" - et ce débris qui raconte ça à tout le magasin, à CHAQUE fois. Je prends mon mal en patience en bourrant discrètement son teckel nain de violents coups de pied. Et bien sûr ce connard se rappelle la tête de chiard que j'avais y a 23 ans, mais se rappeler le même mélange qu'il me vend depuis 23 ans, deux fois par mois, ça, non, trop dur.
"Et qu'est ce que je vous seeeers?"
"Une côtelette pas trop pourrie et une boîte de clous, comme d'habitude".
En général, il y a devant moi deux vieilles morues qui ont que ça à branler de tester tout le magasin : elles sentent tous les thés (comme la cigale), se renseignent sur la taille de la bite des braves esclaves qui ont récolté le café ("Oh bah tu sais Germaine y paraît que ces gens-là mangent des vers de terre"),
"Et votre femme comment ça va?"
"Ben elle est toujours dans le coma, ça a pas changé depuis quatre ans (salope)"...
Alors au bout de trois minutes d'attente, j'en prends une et je la jette dans la torréfacteuse (non, pas la femme du torréfacteur, mais la grosse machine qui chauffe à mort avec l'hélice qui tourne). C'est affreux y a de la viande grillée partout contre les murs (ça me rappelle qu'il faut que je passe chez le boucher), ça hurle et ça gicle, j'en profite pour balancer le teckel à sa suite, je coince la tête du torréfacteur dans sa saleté de boîte de bonbons et je vais me servir moi-même.
Chez le boucher, c'est toujours un grand moment d'attente fébrile pour savoir si, oui ou merde, il va finir par se trancher la main tout net d'un bon coup de hachoir en loupant mon steak; pour l'instant mes attentes ont été déçues, mais je ne désespère pas (surtout si c'est un apprenti). Moi si j'étais boucher, je couperais les mains de mes apprentis et je les enfermerais trois jours dans la chambre froide pour leur faire comprendre une bonne fois pour toutes qu'ils avaient qu'à mieux travailler à l'école.
Je vous passe les détails (les détaux? merde, j'aurais dû mieux travailler à l'école) de la boulangère dépressive qui renifle dans les croissants, du primeur front national qui vous prend à témoin du léger excès supposé des flux migratoires internationaux sur le territoire français (là je donne une forme académique politiquement correcte, mais en vrai c'est "Nan mais y a trop de bougnoules et de bamboulas chez nous, j'ai pas raison?") et du poissonnier à bec de lièvre qui pue (le poissonnier, pas le bec de lièvre. Quoique... je suis pas allé vérifier de près).
L'avantage des supermarchés, c'est que la caissière ne te pète pas les rouleaux à te parler du temps qui fait, de l'amputation du bras de son beau-frère ou de la justification d'une dérogation de la Banque Centrale Européenne à la doctrine monétariste des taux d'intérêt nominaux à long terme en fonction du contexte inflationniste des matières premières cotées à Chicago (ce dernier cas étant plus rare). La caissière encaisse et te fout la paix. C'est bien gentil de geindre sur la "convivialité du petit commerce qui se perd à cause de l'anonymat des grandes surfaces", du "lien social créé par le commerce de proximité", mais moi je voudrais faire les courses EN PAIX bordel, pas qu'un abruti de commerçant essaie de faire ami-ami avec moi, qui n'en ai rien à branler de sa gueule de poujadiste. Sers-moi, encaisse et TAIS-TOI! En fait je crois que la clientèle du petit commerce est pire que celle des grandes surfaces, parce qu'elle se donne cet air à la mode de retour aux sources, à la tradition, à la qualité, que les petits commerces sont censés illustrer (toutes ces conneries de "pain d'antan", de "recette comme autrefois" : tu vas voir mon con, je vais te faire bouffer un pain comme au XVIe siècle, tu vas te morfler une chtouille d'enfer à en rester cloué au trône pendant deux semaines, on en reparle après). Encore une fausse mode faussement anti-consumériste.
Alors comment je fais moi? J'ai le choix entre tous les cassos crasseux du supermarché ou tous les bobos casse-couilles du petit commerce. Quand je vous disais qu'on était cerné. Je ne vois que deux solutions viables : embaucher un larbin clandestin pour aller faire les courses à ma place, 2 euros de l'heure, ça me paraît correct et efficace; et puis il avait qu'à mieux travailler à l'école. Deuxième option : les courses en ligne. Ca, si ça existait dans ma ville, croyez bien que ce serait fait depuis longtemps : y a pas à dire, on n'a encore rien inventé de mieux que les octets pour tenir les cons à distance contrôlable. En attendant, je crois que je vais opter pour le supermarché : la concentration permet de gagner du temps et de limiter son exposition à la connerie et à la crasse humaines.
Sauf pour le pain traditionnel de la saveur du goût de la tradition du savoir-faire ancestral de comme autrefois de c'était mieux avant de la farine authentique roulée à la main sous les aisselles. Là, y a que mon p'tit boulanger du coin qui sait le faire comme j'aime. Fumier!
