Chroniques d'un sociopathe misanthrope

12.2.05

Vive le petit commerce

Comme j'avais tenté de calmement vous l'expliquer dans l'article "Client suivant", j'ai du mal à supporter la promiscuité nauséabonde des grandes surfaces, et je parlais donc de me rabattre sur le petit commerce. Il va sans dire que l'expérience fut peu concluante, mais ça ira quand même mieux en le disant (mon docteur me conseille de me servir de ce blog comme régulateur de tension artérielle et comme moyen de limiter mes poussées pustuleuses sur l'orteil gauche).
J'étais donc chez le torréfacteur (rappel pour mes incultes lecteurs : non, le torréfacteur n'est pas le type qui tue les taureaux avec des fourchettes à barbecue, et non, ce n'est pas non plus l'alcoolique qui met du courrier dans votre boîte aux lettres. C'est celui qui vend du café), le même depuis toujours (23 ans). Ce pauvre vieux est complètement gaga : chaque fois qu'il me voit, j'ai droit au "Ooooooooh je me souviens quand vous étiez bébé vous étiez dans votre poussette (*nan sans blague*) avec vos cheveux blonds bouclés gnagnagna" - et ce débris qui raconte ça à tout le magasin, à CHAQUE fois. Je prends mon mal en patience en bourrant discrètement son teckel nain de violents coups de pied. Et bien sûr ce connard se rappelle la tête de chiard que j'avais y a 23 ans, mais se rappeler le même mélange qu'il me vend depuis 23 ans, deux fois par mois, ça, non, trop dur.
"Et qu'est ce que je vous seeeers?"
"Une côtelette pas trop pourrie et une boîte de clous, comme d'habitude".
En général, il y a devant moi deux vieilles morues qui ont que ça à branler de tester tout le magasin : elles sentent tous les thés (comme la cigale), se renseignent sur la taille de la bite des braves esclaves qui ont récolté le café ("Oh bah tu sais Germaine y paraît que ces gens-là mangent des vers de terre"),
"Et votre femme comment ça va?"
"Ben elle est toujours dans le coma, ça a pas changé depuis quatre ans (salope)"...
Alors au bout de trois minutes d'attente, j'en prends une et je la jette dans la torréfacteuse (non, pas la femme du torréfacteur, mais la grosse machine qui chauffe à mort avec l'hélice qui tourne). C'est affreux y a de la viande grillée partout contre les murs (ça me rappelle qu'il faut que je passe chez le boucher), ça hurle et ça gicle, j'en profite pour balancer le teckel à sa suite, je coince la tête du torréfacteur dans sa saleté de boîte de bonbons et je vais me servir moi-même.
Chez le boucher, c'est toujours un grand moment d'attente fébrile pour savoir si, oui ou merde, il va finir par se trancher la main tout net d'un bon coup de hachoir en loupant mon steak; pour l'instant mes attentes ont été déçues, mais je ne désespère pas (surtout si c'est un apprenti). Moi si j'étais boucher, je couperais les mains de mes apprentis et je les enfermerais trois jours dans la chambre froide pour leur faire comprendre une bonne fois pour toutes qu'ils avaient qu'à mieux travailler à l'école.
Je vous passe les détails (les détaux? merde, j'aurais dû mieux travailler à l'école) de la boulangère dépressive qui renifle dans les croissants, du primeur front national qui vous prend à témoin du léger excès supposé des flux migratoires internationaux sur le territoire français (là je donne une forme académique politiquement correcte, mais en vrai c'est "Nan mais y a trop de bougnoules et de bamboulas chez nous, j'ai pas raison?") et du poissonnier à bec de lièvre qui pue (le poissonnier, pas le bec de lièvre. Quoique... je suis pas allé vérifier de près).
L'avantage des supermarchés, c'est que la caissière ne te pète pas les rouleaux à te parler du temps qui fait, de l'amputation du bras de son beau-frère ou de la justification d'une dérogation de la Banque Centrale Européenne à la doctrine monétariste des taux d'intérêt nominaux à long terme en fonction du contexte inflationniste des matières premières cotées à Chicago (ce dernier cas étant plus rare). La caissière encaisse et te fout la paix. C'est bien gentil de geindre sur la "convivialité du petit commerce qui se perd à cause de l'anonymat des grandes surfaces", du "lien social créé par le commerce de proximité", mais moi je voudrais faire les courses EN PAIX bordel, pas qu'un abruti de commerçant essaie de faire ami-ami avec moi, qui n'en ai rien à branler de sa gueule de poujadiste. Sers-moi, encaisse et TAIS-TOI! En fait je crois que la clientèle du petit commerce est pire que celle des grandes surfaces, parce qu'elle se donne cet air à la mode de retour aux sources, à la tradition, à la qualité, que les petits commerces sont censés illustrer (toutes ces conneries de "pain d'antan", de "recette comme autrefois" : tu vas voir mon con, je vais te faire bouffer un pain comme au XVIe siècle, tu vas te morfler une chtouille d'enfer à en rester cloué au trône pendant deux semaines, on en reparle après). Encore une fausse mode faussement anti-consumériste.
Alors comment je fais moi? J'ai le choix entre tous les cassos crasseux du supermarché ou tous les bobos casse-couilles du petit commerce. Quand je vous disais qu'on était cerné. Je ne vois que deux solutions viables : embaucher un larbin clandestin pour aller faire les courses à ma place, 2 euros de l'heure, ça me paraît correct et efficace; et puis il avait qu'à mieux travailler à l'école. Deuxième option : les courses en ligne. Ca, si ça existait dans ma ville, croyez bien que ce serait fait depuis longtemps : y a pas à dire, on n'a encore rien inventé de mieux que les octets pour tenir les cons à distance contrôlable. En attendant, je crois que je vais opter pour le supermarché : la concentration permet de gagner du temps et de limiter son exposition à la connerie et à la crasse humaines.
Sauf pour le pain traditionnel de la saveur du goût de la tradition du savoir-faire ancestral de comme autrefois de c'était mieux avant de la farine authentique roulée à la main sous les aisselles. Là, y a que mon p'tit boulanger du coin qui sait le faire comme j'aime. Fumier!

8.2.05

Art

Si la France devait être victime d'un attentat terroriste perpétré par écrasement d'avion de ligne sur la cible, et si vous, messieurs les terroristes, lisez ceci, j'ai une suggestion : le centre Georges Pompidou. Si si, vous savez, à Paris, cette infâme structure aux allures de paquebot en chantier, amas improbable de ferraille, de plastique et de béton dont on a l'impression que les ouvriers n'ont jamais voulu finir la construction imaginée par un architecte alcoolique dépressif. Qu'on le pende, cet enculé, pour avoir posé au milieu de Paris une merde pareille!
Mais non, c'est en vogue, ce style architectural pseudo-révolutionnaire affranchi du clacissisme tristounet des grands ensembles. Qui a imposé ce faux bon goût? Les mêmes souillures qui ont imposé en même temps l'art moderne. Toutes les cochonneries de mai 68, qui sont persuadés d'avoir libéré la France du joug patriarcal alors qu'ils n'ont fait qu'être là au moment où de toutes façons l'évolution historique se faisait - avec ou sans eux. Mais ils se sont approprié le changement et en ont profité pour faire un magnifique coup d'Etat culturel, se sentant d'un coup imbus d'une légitimité à toute épreuve. Bande de molasses blasées de la société de consommation (cf. l'article "Brebis galeuses"), ces petits fachistes à leur manière nous imposent du non-art dans tous les domaines. Au cinéma, avec la gloire de l'art et essai, consistant dans sa quasi-totalité en un néant effrayant, chiant à mourir, dépassant l'entendement de la prétention et de l'incompétence. En peinture et sculpture, imposant des pseudos-critiques de la société de consommation (les Marilyn de Warhol et l'urinoir de Duchamp) et des pseudos-innovations conceptuelles (toile blanche, colonnes de Buren). En littérature, avec une vague de tout et n'importe quoi de philosophes du dimanche, de romanciers en carton et de dictateurs intellectuels - aux chiottes Balzac et Flaubert, ringards! En musique, avec là encore des insultes aux sens - et si on s'asseyait sur le piano en pétant, ça changera de cette tarlouze de Chopin qui ne comprenait rien à la musique.
Mais (presque) personne ne le dit. Tout le monde admire cet amas d'immondices. Osez dire que tout cela n'est qu'imposture, fumisterie, coup monté d'une bande de néo-nazis pseudo-gauchistes qui se foutent de la gueule du monde - bref, que l'art moderne sous toutes ses formes EST DE LA MERDE : on vous traitera de psychorigide (j'ai entendu ça à Pompidou... un guide qui parlait à une visiteuse), de ringard classique, de borné qui ne sait pas voir au-delà des apparences, de matérialiste. Les instigateurs du complot artistique moderne (je le répète, les soixante-huitards) feront tout pour vous humilier, vous discréditer, vous renvoyer à ce qu'ils considèrent votre ignorance, vous pousser au suicide parce que vous n'avez pas compris où était l'intérêt de mettre un urinoir dans une vitrine - et vous êtes bien le seul, tout le monde autour s'extasie. Pourtant, le roi est bien nu.
Un véritable totalitarisme culturel s'est mis en place, n'admettant aucune critique et se perpétuant dans la masturbation intellectuelle de tous ces moutons qui n'apprécient ces merdes que parce que c'est à la mode - ces mêmes connards qui traiteront de fashion victims les sales jeunes qui vont voir les films du grand satan Hollywood.
Mais enfin, l'art moderne n'est pas de l'art. L'art fait appel au talent, aux émotions, à la créativité. Tout cela est totalement absent de la production moderne, qui n'est qu'une vaste fumisterie commerciale habilement déguisée sous de faux aspects révolutionnaires anti-consuméristes. Comble du foutage de gueule. Mais comme les gens sont mous et ont peur de passer pour des cons si ils sont les seuls à ne pas comprendre l'émotion poignante qui se cache derrière l'urinoir, tout le monde admire et participe à l'entretien de ce camp d'extermination de l'art classique.
Alors pour faire barrage à cette lobotomisation mondiale, faites un geste simple et naturel : la prochaine fois que vous croisez l'urinoir de Duchamp, pissez dedans. Allez savoir, ça va peut-être devenir un nouveau courant artistique.