P.R.O.F.S.
Pour ceux qui ne l'auraient pas encore lu dans les commentaires et qui s'interrogent nuit et jour sur l'activité professionnelle qui me permet de nourrir les enfants que je n'ai pas, je suis un humble mais valeureux fonctionnaire du mammouth éducatif. Je suis un con de prof, oui.
J'évite autant que possible cette boîte de conserve à conneries qu'est la salle des profs, mais il faut bien y passer de temps en temps pour vider le casier des cochonneries de tracts des syndicats et pour pisser dans la cafetière. Ces rares moments privilégiés sont immanquablement l'occasion de m'imprégner de la bêtise du corps enseignant, dont je vais tâcher de vous donner un bref aperçu.
Négligemment vautré dans un fauteuil (cette salle a le mérite d'être très confortable) en compulsant les pages du "Monde" (de la veille) comme le bon prof intello-gaucho que je suis, j'examine du coin de l'oeil, à travers les trous que je perce dans le journal, les allées et venues de mes couillons de collègues. Voilà la prof de français qui arrive tel un taureau en furie, en martelant le sol de ses gros pieds sur le chemin de son casier. Après avoir fouillé dans son merdier pendant cinq bonnes minutes, elle claque violemment la porte du casier et la ferme à clé, enlève la clé et la met au fond de sa poche.
"Ben euh Françoise, t'es parano?" (lui demande-je, sociable comme d'habitude).
"Nan mais dedans y a les sujets du devoir de terminale et je veux pas qu'ils les volent!!! Gniiiihhhh" - et elle repart au pas de charge.
Mais voui bien sûr, où avais-je la tête! Il est fréquent que les élèves s'infiltrent subrepticement dans la salle des profs (déguisés en proviseur la plupart du temps), ouvrent les casiers des profs et repartent avec leur contenu sous le bras en toute impunité. Tiens ça me donne une idée : je vais lui forcer son casier au pied de biche pour confirmer ses pires craintes, et elle sera obligée de refaire un sujet. Morue, va.
Là-dessus arrive une prof de philo (tarée, cela va sans dire) avec deux quignons de pain rassis à la main, qu'elle jette dans un carton posé dans un coin : cette gaga a un âne chez elle, et c'est le corps enseignant qui nourrit le brave animal en socialisant sa réserve de bouts de pain (déjà qu'on a du mal à gagner notre vie, si en plus on gaspille comme ça...).
En me levant pour m'écarter un peu de cette folle, je croise une autre prof en train de se goinfrer de Kit Kat qu'elle vient de sortir de son casier converti en garde-manger : point de sujets de devoir ici, mais que de la bouffe (encore un casier qu'il va falloir que je force). Juste après avoir échappé au prof de math schizophrène qui essayait de choper tout ce qui lui passait à portée de main pour lui expliquer en quoi, aux échecs, la variante Saemisch de la défense sicilienne était favorable au joueur ayant un pion en e5, thèse étayée par un modèle mathématique à 15000 équations qu'il avait élaboré pendant le week-end, je bute sur le prof d'histoire syndicaliste extrémiste acharné qui brandissait son dernier pamphlet anti-gouvernemental en vociférant à la cantonnade - j'en profite pour lui faire remarquer qu'il a fait une faute d'orthographe et que le ministre de l'éducation ne s'appelle pas Fillion mais Fillon, et que ça la fout mal de pas connaître le nom de son employeur - il a eu l'air vexé.
A peine sorti de ce traquenard, j'entends le prof d'EPS détailler à sa collègue la répartition des notes obtenues en ping-pong par ses élèves - "Alors là y a 25% des garçons qui ont eu plus de 12 alors que sur l'ensemble on a une médiane à 9 et que si on prend les filles qui ont eu moins de 7 on en a seulement 4 mais si on compare à la moyenne des garçons de moins d'1,70m dont la mère joue du pipeau dans un bordel tchèque on obtient une..." ooooh! C'est fou le manque de légitimité et de crédibilité dont souffrent les profs d'EPS et la façon qu'ils ont de vouloir être reconnus : pour ça, ils te sortent des stats parfaitement inutiles, espérant que ça va leur donner d'un coup un statut respectable. Mais nan les mecs, vous êtes juste des beaufs en survêt' moule bite lycra avec l'élastique sous le pied, vous êtes idiots et bornés, et tout ce que vous faites c'est essayer de faire régner un peu d'ordre dans une bande de merdeux déchaînés qui ont envie de jouer au foot et à qui vous prétendez enseigner... quoi d'ailleurs? Tant qu'on est dans le registre des imposteurs (qui d'ailleurs s'étend à 90% au moins de l'éducation nationale - nan nan pas moi bande de cons!), je voudrais saluer au passage mes ami(e)s documentalistes... Aaah les documentalistes, ces ex-profs bordélisés qui ont quitté leur classe après une dépression nerveuse mais qui se sont incrustés dans l'EN et qui sévissent désormais dans les CDI, ces radasses qu'on essaie de nous faire passer pour des membres à part entière de la communauté éducative alors que ce sont juste des ramassis de cruchasses qui ne sont bonnes qu'à ranger des livres sur des étagères! Et un p'tit bonjour aux CPE aussi, ces ex-sergents instructeurs frustrés et racistes qui distribuent les heures de colle à la pelle de manière arbitraire, ces professionnels de l'abus de pouvoir, ces caricatures du petit chef fonctionnaire arrogant imbu de sa personne.
Mais revenons-en à mon parcours dans le champ de mine de la salle des profs : je me retrouve nez à nez avec une prof d'anglais en sanglots parce qu'un élève l'a traitée (à juste titre d'ailleurs) de vieille peau (ça sent la dépression et l'arrêt maladie, chouette), puis sur deux profs en train de failloter de la manière la plus avilissante qui soit avec le proviseur - et ouais la note administrative c'est lui qui la met. Proviseur qui, soit dit en passant, sort son chien en le passant par la fenêtre de son bureau (du rez-de-chaussée, je vous rassure pour la santé du quadrupède canin). Deux pas plus loin, le prof d'informatique, geek par excellence, mal rasé et grosses lunettes, est en train d'expliquer à une andouille de prof d'espagnol que non, couper le courant du lycée n'est pas le seul moyen d'éteindre l'ordinateur après avoir saisi ses notes. Pendant ce temps un abruti aura bousillé la photocopieuse en coinçant du papier partout, un autre se sera coupé le doigt avec le massicot (non je n'y suis pour rien) et le reste passera son temps à dire du mal des élèves en buvant du café dégueulasse à 40 centimes le gobelet - parce que si vous vous demandiez de quoi parlent les profs dans ce sanctuaire qu'est leur salle, la réponse est : DES ELEVES - et en mal uniquement. C'est là que ressort toute leur frustration, c'est là qu'ils collectivisent leur incompétence pour mieux la supporter, réconfortés d'avoir des collègues aussi nuls qu'eux mais gênés dès que quelqu'un ne se prête pas à leur jeu de lamentations masturbatoires mutuelles - ce qui m'a valu bon nombre d'ennemis :
"T'as vu comme les 2de 2 sont nuls et comme ils mettent le bazar?"
"Ah nan moi ça se passe très bien, ça doit venir de toi, pas de la classe"
Et je passe pour un prétentieux ou un refoulé qui a des problèmes mais qui a peur d'en parler - mais ils ont renoncé à creuser la question devant les profondes marques d'hostilité que je manifestais à leur égard.
La salle des profs est un lieu de rassemblement de dépressifs chroniques, un cercle de soutien psychologique, un exutoire pour profs frustrés, bordélisés, incompétents, hypocrites, agressifs, méchants, bêtes et sournois. Bref, une excellente vitrine de la population française.
*** Avis à mes lecteurs : j'ai encore quelques sujets en stock, mais il se peut que j'arrive bientôt à court d'idées. Si vous avez des suggestions, vous êtes les bienvenus. Merci de les laisser en commentaire ou par mail : VilCoyote@email.com.
J'évite autant que possible cette boîte de conserve à conneries qu'est la salle des profs, mais il faut bien y passer de temps en temps pour vider le casier des cochonneries de tracts des syndicats et pour pisser dans la cafetière. Ces rares moments privilégiés sont immanquablement l'occasion de m'imprégner de la bêtise du corps enseignant, dont je vais tâcher de vous donner un bref aperçu.
Négligemment vautré dans un fauteuil (cette salle a le mérite d'être très confortable) en compulsant les pages du "Monde" (de la veille) comme le bon prof intello-gaucho que je suis, j'examine du coin de l'oeil, à travers les trous que je perce dans le journal, les allées et venues de mes couillons de collègues. Voilà la prof de français qui arrive tel un taureau en furie, en martelant le sol de ses gros pieds sur le chemin de son casier. Après avoir fouillé dans son merdier pendant cinq bonnes minutes, elle claque violemment la porte du casier et la ferme à clé, enlève la clé et la met au fond de sa poche.
"Ben euh Françoise, t'es parano?" (lui demande-je, sociable comme d'habitude).
"Nan mais dedans y a les sujets du devoir de terminale et je veux pas qu'ils les volent!!! Gniiiihhhh" - et elle repart au pas de charge.
Mais voui bien sûr, où avais-je la tête! Il est fréquent que les élèves s'infiltrent subrepticement dans la salle des profs (déguisés en proviseur la plupart du temps), ouvrent les casiers des profs et repartent avec leur contenu sous le bras en toute impunité. Tiens ça me donne une idée : je vais lui forcer son casier au pied de biche pour confirmer ses pires craintes, et elle sera obligée de refaire un sujet. Morue, va.
Là-dessus arrive une prof de philo (tarée, cela va sans dire) avec deux quignons de pain rassis à la main, qu'elle jette dans un carton posé dans un coin : cette gaga a un âne chez elle, et c'est le corps enseignant qui nourrit le brave animal en socialisant sa réserve de bouts de pain (déjà qu'on a du mal à gagner notre vie, si en plus on gaspille comme ça...).
En me levant pour m'écarter un peu de cette folle, je croise une autre prof en train de se goinfrer de Kit Kat qu'elle vient de sortir de son casier converti en garde-manger : point de sujets de devoir ici, mais que de la bouffe (encore un casier qu'il va falloir que je force). Juste après avoir échappé au prof de math schizophrène qui essayait de choper tout ce qui lui passait à portée de main pour lui expliquer en quoi, aux échecs, la variante Saemisch de la défense sicilienne était favorable au joueur ayant un pion en e5, thèse étayée par un modèle mathématique à 15000 équations qu'il avait élaboré pendant le week-end, je bute sur le prof d'histoire syndicaliste extrémiste acharné qui brandissait son dernier pamphlet anti-gouvernemental en vociférant à la cantonnade - j'en profite pour lui faire remarquer qu'il a fait une faute d'orthographe et que le ministre de l'éducation ne s'appelle pas Fillion mais Fillon, et que ça la fout mal de pas connaître le nom de son employeur - il a eu l'air vexé.
A peine sorti de ce traquenard, j'entends le prof d'EPS détailler à sa collègue la répartition des notes obtenues en ping-pong par ses élèves - "Alors là y a 25% des garçons qui ont eu plus de 12 alors que sur l'ensemble on a une médiane à 9 et que si on prend les filles qui ont eu moins de 7 on en a seulement 4 mais si on compare à la moyenne des garçons de moins d'1,70m dont la mère joue du pipeau dans un bordel tchèque on obtient une..." ooooh! C'est fou le manque de légitimité et de crédibilité dont souffrent les profs d'EPS et la façon qu'ils ont de vouloir être reconnus : pour ça, ils te sortent des stats parfaitement inutiles, espérant que ça va leur donner d'un coup un statut respectable. Mais nan les mecs, vous êtes juste des beaufs en survêt' moule bite lycra avec l'élastique sous le pied, vous êtes idiots et bornés, et tout ce que vous faites c'est essayer de faire régner un peu d'ordre dans une bande de merdeux déchaînés qui ont envie de jouer au foot et à qui vous prétendez enseigner... quoi d'ailleurs? Tant qu'on est dans le registre des imposteurs (qui d'ailleurs s'étend à 90% au moins de l'éducation nationale - nan nan pas moi bande de cons!), je voudrais saluer au passage mes ami(e)s documentalistes... Aaah les documentalistes, ces ex-profs bordélisés qui ont quitté leur classe après une dépression nerveuse mais qui se sont incrustés dans l'EN et qui sévissent désormais dans les CDI, ces radasses qu'on essaie de nous faire passer pour des membres à part entière de la communauté éducative alors que ce sont juste des ramassis de cruchasses qui ne sont bonnes qu'à ranger des livres sur des étagères! Et un p'tit bonjour aux CPE aussi, ces ex-sergents instructeurs frustrés et racistes qui distribuent les heures de colle à la pelle de manière arbitraire, ces professionnels de l'abus de pouvoir, ces caricatures du petit chef fonctionnaire arrogant imbu de sa personne.
Mais revenons-en à mon parcours dans le champ de mine de la salle des profs : je me retrouve nez à nez avec une prof d'anglais en sanglots parce qu'un élève l'a traitée (à juste titre d'ailleurs) de vieille peau (ça sent la dépression et l'arrêt maladie, chouette), puis sur deux profs en train de failloter de la manière la plus avilissante qui soit avec le proviseur - et ouais la note administrative c'est lui qui la met. Proviseur qui, soit dit en passant, sort son chien en le passant par la fenêtre de son bureau (du rez-de-chaussée, je vous rassure pour la santé du quadrupède canin). Deux pas plus loin, le prof d'informatique, geek par excellence, mal rasé et grosses lunettes, est en train d'expliquer à une andouille de prof d'espagnol que non, couper le courant du lycée n'est pas le seul moyen d'éteindre l'ordinateur après avoir saisi ses notes. Pendant ce temps un abruti aura bousillé la photocopieuse en coinçant du papier partout, un autre se sera coupé le doigt avec le massicot (non je n'y suis pour rien) et le reste passera son temps à dire du mal des élèves en buvant du café dégueulasse à 40 centimes le gobelet - parce que si vous vous demandiez de quoi parlent les profs dans ce sanctuaire qu'est leur salle, la réponse est : DES ELEVES - et en mal uniquement. C'est là que ressort toute leur frustration, c'est là qu'ils collectivisent leur incompétence pour mieux la supporter, réconfortés d'avoir des collègues aussi nuls qu'eux mais gênés dès que quelqu'un ne se prête pas à leur jeu de lamentations masturbatoires mutuelles - ce qui m'a valu bon nombre d'ennemis :
"T'as vu comme les 2de 2 sont nuls et comme ils mettent le bazar?"
"Ah nan moi ça se passe très bien, ça doit venir de toi, pas de la classe"
Et je passe pour un prétentieux ou un refoulé qui a des problèmes mais qui a peur d'en parler - mais ils ont renoncé à creuser la question devant les profondes marques d'hostilité que je manifestais à leur égard.
La salle des profs est un lieu de rassemblement de dépressifs chroniques, un cercle de soutien psychologique, un exutoire pour profs frustrés, bordélisés, incompétents, hypocrites, agressifs, méchants, bêtes et sournois. Bref, une excellente vitrine de la population française.
*** Avis à mes lecteurs : j'ai encore quelques sujets en stock, mais il se peut que j'arrive bientôt à court d'idées. Si vous avez des suggestions, vous êtes les bienvenus. Merci de les laisser en commentaire ou par mail : VilCoyote@email.com.
