Dans un de ces grands moments de paresse intellectuelle qui ne font pas de mal de temps en temps, je m'étais l'autre jour abandonné comme une loque à regarder sur TF1 je ne sais plus quelle chiotte télévisée (honnêtement, je ne sais plus de quoi ça parlait) présentée par l'innénarable Nikos Aglala... Alias... Agliananas... Bon vous voyez qui je veux dire. Je remarquai soudain que son noeud papillon n'était pas attaché et pendait, impeccablement repassé, ajusté, scotché et droit, le long du col de sa veste. La classe. Chacun sait qu'un noeud papillon est fait pour ne pas être attaché. Ca fait décoince'man, jeune présentateur dynamique qui ne s'embarasse pas des formalités vestimentaires ringardes, un gars proche de son public de moutons à la botte du chauffeur de salle (je crois que le plus exaspérant dans ces émissions, c'est les réactions "spontanées" du public, parfaitement coordonnées : "Booouuuuuuh!!!" "Clap clap clap" "Ha ha ha ha!!!"... réactions bien sûr dictées par un chauffeur de salle que suit cette bande de mollasse avilie au lieu de gueuler en direct "Ta gueule le bouffon qui gesticule avec ses panneaux, là bas!". Faudra que je me fasse inviter pour le faire un jour. Tiens, à ce propos, voyez le film "Mon idole" de Guillaume Canet, c'est excellent). Bref, revenons-en au noeud pap' défait de Nikos.
Ce trait vestimentaire me paraît révélateur de la fausseté, de l'artificialté et de l'absurdité du monde. Ce détournement de l'usage des objets est pathétique. Nikos n'en est qu'un exemple : combien de ses collègues voit-on avec un bouton de chemise apparemment négligemment défait, mais qui a en fait été parfaitement étudié, le pli de la chemise en résultant ayant été repassé minutieusement et calculé au millimètre? Une barbe aspect "mal rasé", une mèche rebelle... Tenez, pour les cheveux, on a même fait un GEL DECOIFFANT (Dop). Ca me sidère. Moi si je veux être mal coiffé, je ne me coiffe pas... Je ne vais pas chez le coiffeur pour lui demander de me décoiffer. Mais non! C'est vachement mieux d'acheter un gel décoiffant. Je vous laisse imaginer le nombre de produits qu'on peut créer à partir de ce concept consistant à donner à un objet l'usage inverse de celui pour lequel il a été créé.
On a donc déjà le noeud papillon défait pour faire peuple, le gel qui décoiffe pour pas faire trou du cul avec la raie dans les cheveux. Je propose le savon qui salit pour sortir du carcan hygiénique déplorable qu'on nous impose; l'eau sèche parce que j'en ai marre d'être mouillé en sortant de la douche; le caoutchouc pas élastique parce que sinon c'est chiant; les voitures qui ne roulent pas, parce que bwarffff, tout le monde en a une, de voiture qui roule, c'est has been, faut se distinguer! Paris a inauguré les restaurants silencieux où on ne communique que par notes écrites. On a fait la bière sans alcool, le sucre allégé. L'huile sans matière grasse, l'eau qui donne soif? La roue carrée, la passoire sans trous, le livre vierge et la télé sans images.
Je ne sais pas où on veut en venir avec cette mise à l'envers du monde. Est-ce parce qu'on ne comprend pas le sens du monde qu'on l'en vide volontairement pour se rassurer? Est-ce un autre avatar de l'art moderne, une critique de la modernité et de sa diversité? Est-ce tout simplement que les gens sont complètement cons?
Ce qui rassure, c'est que quand il s'agit de s'auto-détruire, le monde continue à tourner à l'endroit : on n'a pas encore inventé de bombe qui guérisse ses victimes. Ouf!